Dr Clèm's Blog

Le jour où l’hôpital public est devenu Aliexpress.

Friday Jul 24, 2020 21:36, last edition on Thursday Jul 30, 2020 16:10

Le 15 juillet de cette année, j’ai acheté un BPI-R2 sur Aliexpress. C’est mon premier achat sur cette plateforme. Hier, j’ai reçu un message de cette plateforme m’invitant à donner mon avis. J’ai répondu au questionnaire dont la dernière question était une phrase, en anglais, du genre « Recommanderiez-vous Aliexpress à vos amis ? ».

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Le 9 juillet de cette année, j’ai été hospitalisé en chirurgie ambulatoire du CHU Grenoble Alpes à cause d’un conflit fémoro-acétabulaire. Les jours qui ont précédé l’intervention, j’ai reçu une sommation de la part de l’hôpital de fournir mon adresse email, ainsi que ma carte de mutuelle, mais c’est une autre histoire de l’absurdité bureaucratique dont nous sommes si fier que je conterai peut-être plus tard, pour compléter mon dossier avant le jour de l’intervention, sans quoi je ne pourrai pas être pris en charge. J’ai reçu ce courrier l’avant veille de mon hospitalisation. J’ai donc découvert ce courrier en rentrant chez moi après le travail. Étant donné que tous les services administratif de l’hôpital ferment à 15h50, je n’avais donc que la veille de l’opération pour me rendre sur place pour fournir mon adresse email. Cet un ajout de stress complètement inutile, d’autant plus que cette adresse email ne sert exclusivement qu’à envoyer un sondage. Faire une menace de refus d’hospitalisation car on peut pas faire une enquête de satisfaction est tout simplement inadmissible. Deux semaines plus tard, c’est à dire hier, je reçois un email de la part de l’hôpital pour une répondre a une enquête de satisfaction. Mon hospitalisation ne s’étant pas bien passée à cause entre autre d’une lourdeur administrative pré- et per-opératoire inutile, l’hôpital ayant ignoré les pièces justificatives que j’ai fourni pour inventer des mutuelles, notons que ce n’est pas la première fois que le CHU Grenoble Alpes fait cette erreur, c’était déjà le cas il y a deux ans lorsque je me suis fait une bursite à l’épaule droite en faisant du bloc, accueil ignoble par le personnel administratif le jour de l’intervention, oubli d’ordonnance à ma sortie, et ordonnances insuffisantes pour faire les pansements après l’opération, invention d’une mutuelle, ce qui veut dire qu’ils ont ignoré la carte de mutuelle que je leur ai fourni à maintes reprises avec des heures attentes, je n’ai pas vu le chirurgien que j’avais vu qui a programmé l’intervention, mon rendez-vous avec ce dernier a été annulé sans me prévenir, il ne veut pas faire le suivi de mon opération, le chirurgien à qui le suivi est délégué sera en vacances lorsque mon arrêt de travail s’achèvera, je n’aurai donc pas aucun suivi de la part de l’hôpital, l’hôpital ne veut pas prolonger mon arrêt de travail jusqu’à ce que je puisse voir un chirurgien, leur solution, que je prenne rendez-vous avec un autre médecin pour qu’il me prescrive un prolongement de mon arrêt de travail jusqu’à ce que je puisse voir un chirurgien, notons que le chirurgien qui a programmé l’intervention n’est pas en vacances mais ne souhaite pas faire de suivi post-opératoire sur ce type de chirurgie, pas d’appel le lendemain de l’hôpital comme convenu, j’ai pourtant souffert de plusieurs complications post-opératoires dont certaines nerveuses « rares » et irréparables si elles ne se résorbent pas d’elles mêmes mais connue, le chirurgien suppléant m’a dit que j’avais été prévenu de ce risque, en effet, par une ligne dans un dossier faisant 58 pages avec des mots techniques, pas de suivi de la part du service hospitalisation de l’hôpital pour mes complications post-opératoires. En bref, l’hôpital ne m’a pas mis dans des bonnes conditions pour mon opération, ce qui est pourtant de leur devoir étant donne que c’est un facteur lors d’une chirurgie avec anesthésie générale et il m’a abandonné après mon opération. J’ai donc répondu au questionnaire de satisfaction, comme je le ferrai pour un site marchant. La dernière question de ce question fut « Recommanderiez-vous cet hôpital à vos amis ? ».

          

Enquête nationale de mesure de la satisfaction et de l'expérience des patients hospitalisés

HÔPITAL NORD - CHU38

Madame, Monsieur,

Vous avez été hospitalisé du 09/07/2020 au 09/07/2020. Votre avis nous intéresse :

https://e-satis.fr/

(Questionnaire accessible pendant 69 jours)

Ce questionnaire est anonyme et ne vous prendra que quelques minutes.
Vos réponses sont importantes. Elles permettront à votre hôpital ou clinique de connaître les points positifs de votre séjour et ceux qu’il peut améliorer, mais aussi de lui attribuer une note de satisfaction, consultable sur le site Scope Santé.

Nous vous remercions de votre participation.

Cas particuliers:

  • Si c’est votre enfant qui a été hospitalisé et qu’il a moins de 14 ans, vous pouvez répondre au questionnaire à sa place. S’il a entre 14 et 17 ans, vous pouvez répondre avec lui ou à sa place.
  • Si vous êtes un proche d’une personne qui a été hospitalisée mais qui ne peut répondre au questionnaire, vous pouvez répondre avec elle ou à sa place.

Une question ?

C'est la Haute Autorité de Santé (HAS) qui mène cette enquête nationale de mesure de la satisfaction des patients hospitalisés. Vous pouvez la contacter à l'adresse e-Satis@has-sante.fr .

HÔPITAL NORD - CHU38

Si vous ne souhaitez pas répondre au questionnaire, cliquez ici pour vous désinscrire.

Les données personnelles vous concernant (adresse mail, sexe, âge, date d’entrée et de sortie de l’établissement) collectées à l’occasion de cette enquête ont pour unique objet l’évaluation de la satisfaction des usagers ayant fait l’objet d’une hospitalisation afin d’améliorer la qualité du service rendu aux patients. Ces données ne sont transmises qu’aux agents de l’Agence Technique de l'Information sur l'Hospitalisation (ATIH) et à la Haute Autorité de Santé (HAS) en charge de cette enquête. Votre adresse e-mail est supprimée un an après réception de cet e-mail. Les autres données recueillies sont conservées pour la durée nécessaire à l’exploitation de l’enquête. Conformément à la loi «Informatique et libertés», vous pouvez exercer votre droit d’accès, d’opposition, de rectification et de suppression des données vous concernant : Désinscription

Nous sommes donc le jour où le Ministère des Solidarités et de la Santé utilise les mêmes critères que Aliexpress pour évaluer sa performance, puis-je utiliser gratuitement mes clients pour vendre mon produit.

Nous allons tuer la radio, et alors ?

Wednesday Jan 31, 2018 17:35

En regardant mes flux rss, je suis tombé sur une tribune parue sur le site de Libération le 22 janvier 2018 à 12h22, intitulée « Ils vont tuer la radio », de Fanch Langoët et Francine Leduc.

La première question que je me suis posé est « et alors ? » Du titre, j’ai imaginé deux scenarii. Le premier est que quelque chose vient de changer, un élément perturbateur, qui va injustement détruire ce média. Le second, plus probable compte tenu du titre généraliste, est qu’il est entrain de s’opérer un changement de paradigme, notamment compte tenu des changements de modèles économiques par le passage d’un modèle de rareté au modèle de quantité. Je vais résumer grossièrement ces deux notions. Dans le premier cas, le coup de production augmente avec la quantité, c’est par exemple le cas des livres, dont le principal coût de production est le papier, impliquant que pour un éditeur, produire deux livres coûte deux fois plus chers qu’en produire un seul. Dans le second cas, le coup de production est indépendant de la quantité, ce qui est typiquement le cas dans le monde numérique. Reprenons notre éditeur de livres. Le coût de mise à disposition d’un livre numérique à un lecteur, par exemple un fichier PDF sur un serveur web, revient au même prix que la mise à disposition de ce même fichier PDF à deux lecteurs.

« Ils » désigne les vilains qui cherchent à assassiner un média rendu obsolète par l’avènement des nouvelles technologies, ce sont donc toutes les personnes qui publient du contenu en ligne. Cette tribune est de mauvaise foi et les arguments exposés sont facilement réfutables.

« Au nom de la mutation technologique, du progrès et de la globalisation, les prêcheurs du tout-numérique prônent l’obsolescence du média radiophonique. » On sent tout de suite l’amertume, la subjectivité et la partialité du propos, notamment avec l’utilisation de « prêcheur », mot connoté négativement et qui laisse penser que la transition vers le numérique est un dogme, tout comme la désignation de la transition vers le numérique de « religion ».

Les auteurs de cette tribune nous parlent de « destruction massive » du média radiophonique et de ses « ravages », un registre de langage bien particulier et qui laisse entrevoir que les auteurs parlent avec les émotions. C’est ainsi que dès la fin du premier paragraphe, on peut se rendre compte que les auteurs se sont trompés de colère, pour paraphraser un auteur qui éprouvait un ressentiment difficilement caché à l’égard de son cancer. Je reprends donc le passage clé, les « un plan implacable de destruction massive qui [...] se pare des vertus supposées du tout-numérique, pour ubériser le secteur radio ». Je ne reviens pas sur les « vertus supposées du tout-numérique » étant donné qu’il y a beaucoup à dire, mais le « ubériser le secteur radio » n’est pas correct. Les auteurs blâment le vecteur au lieu de la cause. Nous n’accusons pas le facteur d’être la raison de notre malheur lorsque celui-ci nous apporte de mauvaises nouvelles. Premièrement, considérons que la radio est un média sujet à l’économique de la rareté. En effet, le nombre de stations radio disponibles est limité par le nombre de bandes de fréquences, appelées aussi porteuses en théorie du signal, disponibles et par le fait que l’onde hertzienne transmette un signal à un instant donné et que, encore une fois pour faire simple, nous ne pouvons pas réécouter une émission ou un chanson à partir de notre poste radio. Au contraire, sur l’Internet, il n’y a pas de limitation du nombre de diffuseurs, j’en suis moi-même un, ni de la disponibilité à n’importe quel instant d’un média publié. Si un diffuseur de contenu met en ligne un fichier audio, par exemple une chanson ou un podcast, alors il n’y a pas de raison technique pour empêcher que ce contenu soit à tout moment disponible, donc ré-écoutable à l’infini. Notons que ceci est générique, donc le fait qu’il y ait un changement de paradigme économique est indépendant du média impacté.
Il y a différents modèles économiques émergents pour rendre économiquement viable les diffuseurs dans cette nouvelle ère, par exemple les dons, la publicité, la revente des données personnelles des utilisateurs, etc. mais il n’y en n’a pas un unique comme celui « l’offre et la demande » de l’ère de la rareté. Le fait que cette tribune arrive aujourd’hui me fait penser que le secteur de la radio n’a pas assez anticipé ce changement et se retrouve donc dans une impasse financière avec très certainement des emplois en danger. « L’ubérisation » n’est pas dû à l’aspect numérique mais, dans le contexte d’un paradigme économique de la quantité, aux modèles économiques appliqués. C’est une conséquence en particulier du modèle néolibéral qui, en enlevant les droits des salariés, les rends précaires. C’est aussi une conséquences des choix des maisons de radio qui, comme les principaux journaux papiers, ont choisit les annonceurs comme investisseurs.

« S’il doit s’aligner sur le projet d’une radio intégralement délinéarisée (où chaque programme sera accessible à tout moment), ce big-bang sera, sans surprise, un rouleau compresseur qui transformera radio et télé en producteurs de contenus conçus dans les règles et l’esprit de la libre concurrence des réseaux sociaux. » Ceci est une mauvaise interprétation de la conséquence des réseaux sociaux sur les médias. Dans tous les cas, si nous admettons l’influence importante des réseaux sociaux sur l’économie des diffuseurs de médias, ce qui semble être une hypothèse raisonnable, les réseaux sociaux auront un impact. Si une station de radio est plus partagée sur les réseaux sociaux qu’une autre, alors son audience augmentera certainement. Les stations de radio étaient déjà des producteurs de contenu avant l’Internet, c’est pour cette raison que chaque station à un public cible qu’elle essaye de contenter pour garder et augmenter son audience. Il est certain qu’une station de radio qui permettra la rediffusion de contenu sera capable de proposer un autre modèle économique, et sera donc plus pérenne financièrement. Pour éviter « l’ubérisation », il conviendra à la station radio de choisir un bon modèle économique ou d’en créer un, car je suis persuadé que l’on peut trouver de meilleurs solutions que celles appliquées aujourd’hui.

« cette mutation technologique ne va pas sans un renouveau éditorial et semble paramétrée pour lisser les voix et les idées. » C’est faux, ce n’est pas à cause de la technologie. Ce sont les modèles dominants de cette transition qui en sont la cause, comme le « clic bait » qui change la manière de titrer, de résumer et de créer des aperçu des contenus pour attirer les utilisateurs sur des pages non pas pour le contenu, mais pour les annonceurs. C’est donc bien le néolibéralisme qui est la cause et en particulier le choix de l’investissement par des annonceurs.

Pour le troisième paragraphe, je me vois obligé d’être sarcastique car les auteurs voient la débauche ultime dans le mixte du son et de l’image, couramment appelé à l’époque moderne, la vidéo. Je n’imagine pas l’indignation des auteurs lors de l’apparition des premiers films sonores dans les années 30. L’époque nostalgique où il fallait savoir lire pour regarder un film, dans quelle époque antidémocratique vivons nous où les médias sont plus accessible de jamais ? Bref, je trouve l’argumentaire de ce paragraphe simplement stupide. Avec l’augmentation des débit de connexion à l’Internet, nous avons pu voir l’intérêt du monde pour la vidéo. J’ai trouvé l’idée de France Inter de filmer les émissions pour ensuite les mettre en lignes intéressante. Logiquement, je me dis « qui peut le plus, peu le moins », donc si une émission de radio est accompagnée de vidéo, on peut tout aussi bien écouter l’émission sans regarder la vidéo, ce que, à titre personnel, je fais la grande majorité du temps. « Les critères marketing se substituent à tous les autres et menacent doucement mais sûrement d’emporter le patrimoine radiophonique » Encore une fois, les auteurs confondent l’Internet avec le néolibéralisme.

Je trouve intéressant l’utilisation de « garde-fou », qui sont-ils ? Est-ce « eux », les animateurs radio ? C’est d’une part très prétentieux et d’autre part dangereux de se représenter en gardien de la société et de la débauche.

Dans le quatrième paragraphe, les auteurs partent dans des fabulations. À moins qu’ils aient connaissance d’un plan secret de déploiement de radio diffusée uniquement en 3G à la place de la diffusion hertzienne, car, je cite, les auteurs nous parlent de « la disparition de la radio hertzienne au profit d’une diffusion intégralement 3G », ils sont dans l’invention la plus complète. Cela montre une grande méconnaissance technique et de ce que sont les réseaux. Ils ne sont même pas au courant que la radio est aujourd’hui diffusée sur l’Internet. Ironiquement, leur propos étaient presque plus cohérent dans la version original de l’article où ils parlaient de « radio numérique terrestre ». Mais cela me simplifie la tâche étant donné que cela rend le reste du paragraphe complètement erroné alors qu’autrement il y aurait eu des choses à dire. Par exemple, les auteurs s’imaginent que les français prennent une connexion au réseau mobile pour écouter la radio et que « donc » il faudra poser des antennes 3G sur tout le territoire et équiper tout le monde de nouveau appareils capables de recevoir cette fameuse « radio numérique ». Comme si les il y avait des antennes 3G mobile et des antennes 3G « radio numérique » et des appareils spécifique pour la recevoir. Il semble qu’il y ait un amalgame de la part des auteurs entre la diffusion du contenu sur le réseau, ce qui est le cas de la radio, avec la création d’un nouveau système, comme ça a été le cas avec la TNT où il avait effectivement besoin de construire un réseau et appareils capable de recevoir le signal. Mis bout à bout, entre les réseaux mobiles et les connexions à l’Internet, l’accès à la radio numérique est certainement plus grand que si on le compare au nombre de foyers qui ont un poste radio à la maison (je n’ai pas réussi à trouver cette information, mais je n’ai pas beaucoup cherché non plus). Il y a une confusion évidente entre l’Internet et le réseau mobile, ce qu’ils font, et en quoi c’est fondamentalement différent de la radio, ou de la télévision.

Le dernier paragraphe montre bien les confusions entre le numérique et les modèles économique qui lui sont appliqués, ne voient pas que d’autres voies sont possibles, blâment le numérique pour les nouveaux formats au lieu du néolibéralisme.

« Le faux progressisme des prêcheurs du tout-numérique n’est d’ailleurs pas très loin d’une étrange «radiophobie» » Et cette tribune n’est d’ailleurs pas très loin d’une étrange technophobie.

Je suis conscient que mon propos est bourré de généralités et d’approximations, mais ayant déjà écrit un pavé, je ne voulais pas noyé mon propos dans trop de détails.


Dr Clément Février

Bonjour, Je suis Clément Février, docteur en physique théorique de l’université de Grenoble Alpes, ingénieur Recherche et Développement dans le domaine de l’imagerie médicale et de la chirurgie mini-invasive chez Surgivisio et soutien du mouvement La France Insoumise.