Dr Clèm's Blog

Tags: French Humeur Opinion

Nous allons tuer la radio, et alors ?

Wednesday Jan 31, 2018 17:35

En regardant mes flux rss, je suis tombé sur une tribune parue sur le site de Libération le 22 janvier 2018 à 12h22, intitulée « Ils vont tuer la radio », de Fanch Langoët et Francine Leduc.

La première question que je me suis posé est « et alors ? » Du titre, j’ai imaginé deux scenarii. Le premier est que quelque chose vient de changer, un élément perturbateur, qui va injustement détruire ce média. Le second, plus probable compte tenu du titre généraliste, est qu’il est entrain de s’opérer un changement de paradigme, notamment compte tenu des changements de modèles économiques par le passage d’un modèle de rareté au modèle de quantité. Je vais résumer grossièrement ces deux notions. Dans le premier cas, le coup de production augmente avec la quantité, c’est par exemple le cas des livres, dont le principal coût de production est le papier, impliquant que pour un éditeur, produire deux livres coûte deux fois plus chers qu’en produire un seul. Dans le second cas, le coup de production est indépendant de la quantité, ce qui est typiquement le cas dans le monde numérique. Reprenons notre éditeur de livres. Le coût de mise à disposition d’un livre numérique à un lecteur, par exemple un fichier PDF sur un serveur web, revient au même prix que la mise à disposition de ce même fichier PDF à deux lecteurs.

« Ils » désigne les vilains qui cherchent à assassiner un média rendu obsolète par l’avènement des nouvelles technologies, ce sont donc toutes les personnes qui publient du contenu en ligne. Cette tribune est de mauvaise foi et les arguments exposés sont facilement réfutables.

« Au nom de la mutation technologique, du progrès et de la globalisation, les prêcheurs du tout-numérique prônent l’obsolescence du média radiophonique. » On sent tout de suite l’amertume, la subjectivité et la partialité du propos, notamment avec l’utilisation de « prêcheur », mot connoté négativement et qui laisse penser que la transition vers le numérique est un dogme, tout comme la désignation de la transition vers le numérique de « religion ».

Les auteurs de cette tribune nous parlent de « destruction massive » du média radiophonique et de ses « ravages », un registre de langage bien particulier et qui laisse entrevoir que les auteurs parlent avec les émotions. C’est ainsi que dès la fin du premier paragraphe, on peut se rendre compte que les auteurs se sont trompés de colère, pour paraphraser un auteur qui éprouvait un ressentiment difficilement caché à l’égard de son cancer. Je reprends donc le passage clé, les « un plan implacable de destruction massive qui [...] se pare des vertus supposées du tout-numérique, pour ubériser le secteur radio ». Je ne reviens pas sur les « vertus supposées du tout-numérique » étant donné qu’il y a beaucoup à dire, mais le « ubériser le secteur radio » n’est pas correct. Les auteurs blâment le vecteur au lieu de la cause. Nous n’accusons pas le facteur d’être la raison de notre malheur lorsque celui-ci nous apporte de mauvaises nouvelles. Premièrement, considérons que la radio est un média sujet à l’économique de la rareté. En effet, le nombre de stations radio disponibles est limité par le nombre de bandes de fréquences, appelées aussi porteuses en théorie du signal, disponibles et par le fait que l’onde hertzienne transmette un signal à un instant donné et que, encore une fois pour faire simple, nous ne pouvons pas réécouter une émission ou un chanson à partir de notre poste radio. Au contraire, sur l’Internet, il n’y a pas de limitation du nombre de diffuseurs, j’en suis moi-même un, ni de la disponibilité à n’importe quel instant d’un média publié. Si un diffuseur de contenu met en ligne un fichier audio, par exemple une chanson ou un podcast, alors il n’y a pas de raison technique pour empêcher que ce contenu soit à tout moment disponible, donc ré-écoutable à l’infini. Notons que ceci est générique, donc le fait qu’il y ait un changement de paradigme économique est indépendant du média impacté.
Il y a différents modèles économiques émergents pour rendre économiquement viable les diffuseurs dans cette nouvelle ère, par exemple les dons, la publicité, la revente des données personnelles des utilisateurs, etc. mais il n’y en n’a pas un unique comme celui « l’offre et la demande » de l’ère de la rareté. Le fait que cette tribune arrive aujourd’hui me fait penser que le secteur de la radio n’a pas assez anticipé ce changement et se retrouve donc dans une impasse financière avec très certainement des emplois en danger. « L’ubérisation » n’est pas dû à l’aspect numérique mais, dans le contexte d’un paradigme économique de la quantité, aux modèles économiques appliqués. C’est une conséquence en particulier du modèle néolibéral qui, en enlevant les droits des salariés, les rends précaires. C’est aussi une conséquences des choix des maisons de radio qui, comme les principaux journaux papiers, ont choisit les annonceurs comme investisseurs.

« S’il doit s’aligner sur le projet d’une radio intégralement délinéarisée (où chaque programme sera accessible à tout moment), ce big-bang sera, sans surprise, un rouleau compresseur qui transformera radio et télé en producteurs de contenus conçus dans les règles et l’esprit de la libre concurrence des réseaux sociaux. » Ceci est une mauvaise interprétation de la conséquence des réseaux sociaux sur les médias. Dans tous les cas, si nous admettons l’influence importante des réseaux sociaux sur l’économie des diffuseurs de médias, ce qui semble être une hypothèse raisonnable, les réseaux sociaux auront un impact. Si une station de radio est plus partagée sur les réseaux sociaux qu’une autre, alors son audience augmentera certainement. Les stations de radio étaient déjà des producteurs de contenu avant l’Internet, c’est pour cette raison que chaque station à un public cible qu’elle essaye de contenter pour garder et augmenter son audience. Il est certain qu’une station de radio qui permettra la rediffusion de contenu sera capable de proposer un autre modèle économique, et sera donc plus pérenne financièrement. Pour éviter « l’ubérisation », il conviendra à la station radio de choisir un bon modèle économique ou d’en créer un, car je suis persuadé que l’on peut trouver de meilleurs solutions que celles appliquées aujourd’hui.

« cette mutation technologique ne va pas sans un renouveau éditorial et semble paramétrée pour lisser les voix et les idées. » C’est faux, ce n’est pas à cause de la technologie. Ce sont les modèles dominants de cette transition qui en sont la cause, comme le « clic bait » qui change la manière de titrer, de résumer et de créer des aperçu des contenus pour attirer les utilisateurs sur des pages non pas pour le contenu, mais pour les annonceurs. C’est donc bien le néolibéralisme qui est la cause et en particulier le choix de l’investissement par des annonceurs.

Pour le troisième paragraphe, je me vois obligé d’être sarcastique car les auteurs voient la débauche ultime dans le mixte du son et de l’image, couramment appelé à l’époque moderne, la vidéo. Je n’imagine pas l’indignation des auteurs lors de l’apparition des premiers films sonores dans les années 30. L’époque nostalgique où il fallait savoir lire pour regarder un film, dans quelle époque antidémocratique vivons nous où les médias sont plus accessible de jamais ? Bref, je trouve l’argumentaire de ce paragraphe simplement stupide. Avec l’augmentation des débit de connexion à l’Internet, nous avons pu voir l’intérêt du monde pour la vidéo. J’ai trouvé l’idée de France Inter de filmer les émissions pour ensuite les mettre en lignes intéressante. Logiquement, je me dis « qui peut le plus, peu le moins », donc si une émission de radio est accompagnée de vidéo, on peut tout aussi bien écouter l’émission sans regarder la vidéo, ce que, à titre personnel, je fais la grande majorité du temps. « Les critères marketing se substituent à tous les autres et menacent doucement mais sûrement d’emporter le patrimoine radiophonique » Encore une fois, les auteurs confondent l’Internet avec le néolibéralisme.

Je trouve intéressant l’utilisation de « garde-fou », qui sont-ils ? Est-ce « eux », les animateurs radio ? C’est d’une part très prétentieux et d’autre part dangereux de se représenter en gardien de la société et de la débauche.

Dans le quatrième paragraphe, les auteurs partent dans des fabulations. À moins qu’ils aient connaissance d’un plan secret de déploiement de radio diffusée uniquement en 3G à la place de la diffusion hertzienne, car, je cite, les auteurs nous parlent de « la disparition de la radio hertzienne au profit d’une diffusion intégralement 3G », ils sont dans l’invention la plus complète. Cela montre une grande méconnaissance technique et de ce que sont les réseaux. Ils ne sont même pas au courant que la radio est aujourd’hui diffusée sur l’Internet. Ironiquement, leur propos étaient presque plus cohérent dans la version original de l’article où ils parlaient de « radio numérique terrestre ». Mais cela me simplifie la tâche étant donné que cela rend le reste du paragraphe complètement erroné alors qu’autrement il y aurait eu des choses à dire. Par exemple, les auteurs s’imaginent que les français prennent une connexion au réseau mobile pour écouter la radio et que « donc » il faudra poser des antennes 3G sur tout le territoire et équiper tout le monde de nouveau appareils capables de recevoir cette fameuse « radio numérique ». Comme si les il y avait des antennes 3G mobile et des antennes 3G « radio numérique » et des appareils spécifique pour la recevoir. Il semble qu’il y ait un amalgame de la part des auteurs entre la diffusion du contenu sur le réseau, ce qui est le cas de la radio, avec la création d’un nouveau système, comme ça a été le cas avec la TNT où il avait effectivement besoin de construire un réseau et appareils capable de recevoir le signal. Mis bout à bout, entre les réseaux mobiles et les connexions à l’Internet, l’accès à la radio numérique est certainement plus grand que si on le compare au nombre de foyers qui ont un poste radio à la maison (je n’ai pas réussi à trouver cette information, mais je n’ai pas beaucoup cherché non plus). Il y a une confusion évidente entre l’Internet et le réseau mobile, ce qu’ils font, et en quoi c’est fondamentalement différent de la radio, ou de la télévision.

Le dernier paragraphe montre bien les confusions entre le numérique et les modèles économique qui lui sont appliqués, ne voient pas que d’autres voies sont possibles, blâment le numérique pour les nouveaux formats au lieu du néolibéralisme.

« Le faux progressisme des prêcheurs du tout-numérique n’est d’ailleurs pas très loin d’une étrange «radiophobie» » Et cette tribune n’est d’ailleurs pas très loin d’une étrange technophobie.

Je suis conscient que mon propos est bourré de généralités et d’approximations, mais ayant déjà écrit un pavé, je ne voulais pas noyé mon propos dans trop de détails.

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Dr Clément Février

I am Dr Clément Février, French, living in Grenoble. I defended my PhD on July 4th, 2016. After my defense I run as deputy deputy (not a typo) for the national parliamentary elections in the 1st circonscription of Isère for the political movement La France Insoumise.


Ça se passe dans l'Ain (entre autre). La France n'a pas les moyens de mettre 10000€ pour faire une enquête sur des malformations de bébés, on doit vraiment être un des pays les plus pauvre de la planète. L'État abandonnait déjà les vieux avec les retraites (ça coûte trop cher), la santé (ça coûte trop cher), la sécurité (ça coûte trop cher), la recherche (ça coûte trop cher), les pauvres (ça coûte trop cher), l'environnement (ça coûte trop cher),

mamot.fr/@LeMediaTV/1032052807

"Les états-unis [gentil] aurait espionner Assange [méchant]" (sauf dans Médiapart)
"Durant la manifestation, 15 policiers ont été gravement blessés par des projectiles a base d’œufs et de farines lancés par les manifestants, désigné de "ultra" par le gouvernement, et 12 manifestants auraient été légèrement blessés par des projectiles de provenances inconnus"

Si le gentil est accusé d'une exaction, alors non seulement le conditionnel est utilisé, mais en plus, les propos sont rapportés par le méchant. Exemple : "Selon [gilet jaune/Erdogan/Putin/Trump], le [gouvernement/kurdes/USA/UnPeuToutLeMonde] aurait fait un truc mal."
"Selon Erdogan [méchant], le PKK [gentil] est a l'origine de l'attaque suicide qui a tué des dizaines de civiles sur la place public."
"Erdogan [méchant] a lancé l'offensive contre les kurdes [gentils]"

"Gilet jaune blessé : les "selon" du 20 Heures" par Arrêt sur Images.

Maintenant, regardez n'importe quel article, si le conditionnel est utilisé sauf pour les exactions, où le présent de vérité général est utilisé, alors c'est un méchant/ennemis/terroriste/"ultra"/dictateur/..., si au contraire, le présent de vérité général est utilisé par défaut, alors c'est un gentil.

arretsurimages.net/emissions/c